Pourquoi la guerre ? by Sigmund Freud et Albert Einstein

Pourquoi la guerre ? by Sigmund Freud et Albert Einstein

Author:Sigmund Freud et Albert Einstein [Einstein, Sigmund Freud et Albert]
Language: eng
Format: epub, mobi
Published: 2011-03-24T01:35:51+00:00


En ce qui concerne notre époque, la même conclusion s’impose, à laquelle vous avez abouti par un plus court chemin. II n’est possible d’éviter à coup sûr la guerre que si les hommes s’entendent pour instituer une puissance centrale aux arrêts de laquelle on s’en remet dans tous les conflits d’intérêt. En pareil cas, deux nécessités s’imposent au même titre : celle de créer une semblable instance suprême et celle de la doter de la force appropriée. Sans la seconde, la première n’est d’aucune utilité. Or la Société des Nations a bien été conçue comme autorité suprême de ce genre, mais la deuxième condition n’est pas remplie. La Société des Nations ne dispose pas d’une force à elle et ne peut en obtenir que si les membres de la nouvelle association, — les différents États, — la lui concèdent. Et il y a peu d’espoir, pour le moment, que la chose se produise. Mais on ne comprendrait en somme pas pourquoi cette institution a été créée, si l’on ne savait qu’elle représente, dans l’histoire de l’humanité, une tentative bien rarement conçue, et jamais réalisée en de pareilles proportions. Tentative qui consiste à acquérir l’autorité, c’est-à-dire l’influence contraignante, d’ordinaire basée sur la détention de la force, en faisant appel à certains principes idéaux. Deux facteurs, nous l’avons vu, assurent la cohésion d’une communauté : la contrainte de violence et les relations de sentiment. — les identifications, comme on les désignerait en langage technique, — entre les membres de ce même corps. Si l’un des facteurs vient à disparaître, il se peut faire que l’autre maintienne la communauté. De telles notions ne peuvent naturellement avoir une signification que si elles correspondent à d’importants éléments de communauté. Reste alors à savoir quelle en est la puissance. L’histoire nous apprend que ces notions ont réellement exercé leur action. L’idée panhellénique, par exemple, la conscience d’être quelque chose de mieux que les barbares voisins, et dont on retrouve la si vigoureuse expression dans les confédérations amphictyoniques, dans les oracles et dans les jeux, fut assez puissante pour adoucir le régime de la guerre parmi les Grecs, mais non point suffisante, naturellement, pour supprimer les conflits armés entre les diverses factions du peuple grec ni même pour dissuader une ville ou une fédération de villes de s’allier aux Perses ennemis pour abaisser un rival. Le sentiment de communauté chrétienne, dont on sait pourtant la puissance, n’a pas davantage, au temps de la Renaissance, empêché de petits et de grands États chrétiens de rechercher l’appui du Sultan dans les guerres qu’ils se livrèrent entre eux. A notre époque également, il n’est aucune idée à qui l’on puisse accorder une telle autorité conciliatrice. Les idéals nationaux qui gouvernent aujourd’hui les peuples, — la chose n’est que trop claire, —. poussent à l’acte d’opposition. I1 ne manque pas de gens pour prédire que, seule, la pénétration universelle de l’idéologie bolcheviste pourra mettre un terme aux guerres, -— mais nous sommes de toute manière encore fort loin d’un tel aboutissement, et peut-être n’y saurait-on parvenir qu’après d’effroyables guerres civiles.



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