Z by Vassilikos Vassilis

Z by Vassilikos Vassilis

Author:Vassilikos,Vassilis [Vassilikos,Vassilis]
Language: eng
Format: epub
Tags: Roman
Publisher: Gallimard
Published: 0101-01-01T00:00:00+00:00


3

Le médecin légiste se pencha et examina le plâtre.

— Une vieille fracture du talon, lui dit Vangos.

— Retirez le plâtre, on va voir ça, ordonna le médecin aux infirmiers.

Aucune fracture, pas plus au talon qu’à la cheville.

— Montrez-moi ses papiers, ajouta-t-il.

On lui apporta la fiche d’admission qui indiquait que Vangos était entré pour cardiopathie. Et voici qu’on le soignait pour une fracture du talon, d’ailleurs inexistante ! Ça commençait à devenir louche. Des sourires, des sous-entendus. Le médecin légiste comprit.

— Parfait, lui dit-il, tu as assez traîné ici. En route pour le juge d’instruction !

Les avocats avaient mis cette affaire en branle. Ils avaient envoyé ce médecin légiste, car Vangos n’avait été hospitalisé que sur l’avis d’un médecin de la police. Cette fois, le médecin légiste ne pouvait plus se taire ni couvrir personne. On allait enfin faire comparaître le complice de Yangos devant le juge d’instruction auquel l’avait soustrait depuis tant de jours la fourberie de la police.

Le matin qui suivit le meurtre, comme convenu, Vangos s’était présenté « spontanément » au commissariat. De là, on l’expédia à l’hôpital municipal sur la foi d’un certificat médical frauduleux. On le mit en isolement complet. L’important, c’était d’empêcher que Yangos et Vangos comparaissent ensemble devant le juge, car ce dernier les eût facilement confondus. On y parvint puisque c’est seulement huit jours plus tard, alors que Yangos était déjà en prison, que son complice fut amené devant le juge d’instruction.

Un seul ennui : il se retrouvait sans avocat. Celui de son cousin Yangos, voyant que les dessous de cette affaire étaient pourris, avait renoncé à assurer sa défense sous prétexte qu’il était « débordé de travail ». Il fallut en trouver un autre, avec lequel Vangos s’entretint plusieurs heures d’affilée, après avoir sollicité du juge un délai de quarante-huit heures pour préparer sa défense.

C’est ainsi que « ce délai de quarante-huit heures expirant en ce jour du 30 mai 1963 à cinq heures trente, le prévenu Vangos a comparu devant les magistrats précités afin de répondre à l’interrogatoire en présence de son avocat, et après avoir pris connaissance de toutes les pièces du dossier ».

— Avez-vous déjà eu à répondre d’une accusation ?

— Oui, j’ai été condamné pour viol, port d’armes illégal, vol et injure publique, soit quatre condamnations.

— Vous êtes accusé de complicité avec l’inculpé Yangos pour meurtre avec préméditation perpétré sur la personne de Z., le 22 mai dernier, en la ville de Salonique, de coups et blessures portés intentionnellement sur la personne de Georges Pirouchas, ayant entraîné de graves dommages corporels, pouvant mettre la vie du susdit en danger, le privant en tout cas pour longtemps de l’usage normal de ses membres, tous actes qui témoignent de votre part d’un esprit d’agression et de provocation à l’égard de la société. Qu’avez-vous à répondre ?

Fort heureusement, son avocat lui avait déjà énuméré les charges retenues contre lui, car jamais Vangos n’aurait saisi un seul mot de ce verbiage juridique. Un vrai charabia. Ce n’était plus du grec, mais une langue créée spécialement pour le désorienter.



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