Emporium by Adam Johnson

Emporium by Adam Johnson

Author:Adam Johnson [Johnson, Adam]
Language: eng
Format: epub
Tags: littérature américaine
ISBN: 9781473509191
Google: 7LfmAgAAQBAJ
Publisher: Random House
Published: 2014-06-18T22:00:00+00:00


L’Idiot de Berlin

Au cœur de la nuit, les portes de mon sanctuaire explosent, me réveillant la tête encore pleine d’agents de l’ATF(28) en pantalon noir, cheveux courts et sourire de baroudeur. Voilà pourquoi je suis assise dans mon lit, brûlante, quand mon père arrive. Au pied de l’escalier, il manœuvre une rangée d’interrupteurs. L’obscurité se met à bourdonner, pendant que les tubes fluorescents s’allument, dessinant peu à peu sa silhouette : l’Idiot de Berlin, le casque sous le bras.

Depuis qu’il a cessé de boire, il est insomniaque, mais trouver sa fille également réveillée n’a pas l’air de l’étonner. À voir ses yeux las et ses cheveux emmêlés, lui aussi a rêvé des gros bras de l’ATF, quoique pour des raisons différentes.

« Ah, tu es à la maison », lance-t-il, apparemment surpris de me découvrir au lit.

Dans la lumière crachotante, je lève les yeux au plafond en m’emparant de mes lunettes d’aviateur.

« Comme si j’étais une coureuse. Je ne rêvais même pas de cul.

— On devrait peut-être demander à Randy de quoi il rêve.

— Je suis aussi vierge qu’il est possible de l’être, papa. »

Il pousse un grognement, un seul, ce qui en langage militaire signifie ben voyons.

Mon père et ses amis ont passé la guerre froide cantonnés en Allemagne – où il a appris « l’import-export », comme il dit sur ses feuilles d’impôt. L’histoire ne précise pas ce qu’il a fait pour devenir l’Idiot de Berlin, mais le surnom lui est resté : je n’ai jamais entendu personne, pas même ma mère, l’appeler autrement que « Berlin ». Quand quelqu’un téléphone à la maison pour demander Charles Primeaux, je raccroche – ça ne peut être qu’un créancier, un avocat ou l’ATF : un agent du Bureau cherche parfois à se faire passer pour un avocat ou un créancier. Le moindre habitant de la paroisse(29) de Coubillion connaît Berlin.

Depuis quelque temps, je dors dans la salle de jeu, vêtue de soie émeraude. Après m’être extirpée du lit, j’enfile sur le léger tissu vert un bon pull et un jean, puis je lace mes grosses chaussures.

Berlin parcourt du regard ce qui reste du décor. Personne n’a pris le moindre pari ici depuis la légalisation des péniches-casinos, il a fini par admettre que le passé était passé, mais il continue à dire la salle de jeu. À une époque, c’était le plus grand croupier de tout le sud de la Louisiane. Cette nuit, pourtant, il secoue simplement la tête devant la tapisserie en velours rouge et les fenêtres noircies au cirage. La pièce empeste Petit-Chou, le parfum idiot dont je me suis armée pour prendre Randy dans mes filets.

La sobriété et la pauvreté ont éveillé l’intérêt jusque-là inexistant de mon père pour mes affaires.

« Nom de Dieu, Auddie, mets un soutien-gorge, lance-t-il de nulle part.

— Hein ? J’ai un pull.

— On va voler. Ce qui veut dire qu’on va subir un tas de g, une force dont tu n’as même pas entendu parler. »

Malgré son exaspération, il ne fait guère que murmurer.



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